‡ L'exorciste ‡
J'entendis frapper, un son faible, comme étouffé par du coton. Je n'avais pas répondu et pourtant la porte s'ouvrit, je l'entendis. On resta à peine une minute près de moi, on pris ma tension, puis la porte se referma. Je sentais à présent la perfusion dans mon bras gauche, le bandage sur mon ventre et ma poitrine. Mais pire que tout je me rappelai de ma punition... Mes réactions furent vives. J'arrachai la perfusion de mon bras, sautai de mon lit et courai vers la porte, mais celle-ci s'ouvrit à la volée et un coup violent me projeta contre le mur. C'était Kiriena qui m'avait frappé. D'ailleurs il ne se contenta pas d'un coup. Je n'avais jamais autant souffert. Encore les entraînement de Leino étaient dur, l'épée pénétrant mes chairs, la dague sectionnant les veines… Tout cela représentait des douleurs insoutenables, mais se faire rouer de coups par un homme tel que Kiriena… Tout cessa. Je gisais à terre, ma tête roula sur mon épaule, mes cheveux humides de sueur encadraient sauvagement mon visage ensanglanté, meurtri. Je n'eus pas droit à quelconques explications, personne ne vint m'aider à me relever, personne ne vint m'apporter les soins dont j'avais besoin. A présent, sans Leino, j'étais totalement seule. Finalement, quelqu'un est venu m'apporter un peu de sang, pour que je puisse reprendre des forces et immédiatement après, on m'emmena dans la salle d'entraînement, pour que je recommence à me battre. L'épée spéciale qu'on me donna avait le pommeau fait d'argent, je devais donc la manier sans que le bout de la poignée ne me touche si je ne voulais pas me brûler. Ce n'était pourtant pas ce que l'on attendait de moi. Ils voulaient que je tienne mon arme normalement, sans craindre la brûlure. Alors on saisi une épée faite uniquement d'argent et on me l'accrocha autour de la taille, de telle manière qu'elle touche constamment ma cuisse. La pointe lacérait mon genou, la lame réduisait ma peau en cendre, et pourtant je devais me battre. J'étais constamment surveillée, inutile donc de chercher à s'enfuir. Tous les jours, la torture reprenait. Parfois je me retrouvais attachée sur une table et on me lacéré un bras, une jambe, mais les cicatrices étaient plus fortes sur le ventre. Sois on laissait les plais s'infecter, sois on les plongeait dans de l'alcool à quatre-vingt-dix degrés, pour que je résiste à la douleur. L'épée d'argent collé à la jambe était maintenant devenu exercice courant, et j'y été habitué. Je cachai ma douleur sans y penser, je ne songeais qu'au fil de ma lame, pas à mon mal. Les cicatrices parcourant mon corps me dégoûtait, mais je n'y pensais pas non plus, mes cheveux sales étaient attachés en une simple queue de cheval, mes mains rouges de sang, mon visage d'une pâleur affolante, mes joues creuses… Moi qui aimait prendre soin de mon apparence, si maintenant seulement j'y pensais, je ferais sans doute une crise de nerfs. C'est d'ailleurs ce qui arriva… Après un combat contre quelqu'un pourtant plus faible que moi où j'avais perdu, mes nerfs lâchèrent enfin. La douleur m'affaiblissait de trop, je ne pouvais me battre dans cet état. J'avais besoin d'une douche, d'un sang autre que celui de simples rats, de repos. J'arrachai alors la lame fixée à ma jambe, décapitait ce pauvre imbécile trop fière de m'avoir battu et me mit à tuer tout ce qui avait le malheur de bouger parmi les esclaves retenu exprès pour l'entraînement, et qui me ressemblait un peu. Sauf qu'eux avaient le droit de mourir, moi, j'étais déjà morte. Seulement je ne pouvais me laisser aller ainsi, on m'enferma alors dans ma chambre, sans que je ne puisse manger. Lorsque je ressortis, treize jours après, ce fut pour reprendre l'entraînement, qui n'avait pas de sens à mes yeux, alors que je n'avais toujours rien mangé. D'autres vampires étaient arrivés, en parfaite santé, plein de leur fierté de ne pas être torturé, de ne pas subir la colère de Kiriena. Ils eurent vent de ma crise de nerfs, et la trouvèrent révoltante. Ils me jugèrent sans me connaître, sans savoir par quoi je passais depuis tant de semaines, sans connaître ma douleur, ma tristesse, ma honte. Un d'entre eux vint me voir, alors que je rentrais dans cette humide pièce servant plus de prison que de chambre. La journée avait été vraiment éprouvante, presque plus que d'ordinaire. Il me plaqua contre le mur du couloir, giflant mon visage sale, affamé et fatigué en guise de salutation. " Te crois-tu suffisamment forte pour t'autoriser à tuer ainsi ? Regarde toi ! Tonna-t-il. Même malgré ta fatigue, ton manque de nourriture, le fait que tu n'ai pas pris de douche depuis une éternité… même malgré ça tu est toujours belle… " Ses paroles n'avaient aucun sens pour moi, et alors que ses lèvres frôlèrent les miennes, je me dégageai et lui donnai un violent coup de poing sur son visage. Il fut sonné quelques secondes, mais mon geste l'énerva au plus haut point… Après tant de semaine de torture, je pensais que j'étais quitte de ma punition d'avoir osé tuer seule des Esprits. Je pensais que toutes ces brûlures, ces cicatrices étaient bien suffisantes, j'avais compris. J'étais toujours trop fatiguée pour me défendre, s'en prendre à moi dans cet état était plus lâche qu'autre chose. Mes cris de secours n'avaient jamais entendu, alors que ce soir là j'en avais besoin plus qu'à un autre moment. Eux qui étaient en bonne santé, qui ne subissait pas mon calvaire… Ils devaient être sacrément en manque pour venir me violer dans ce couloir vide de toute vie, pour venir s'amuser sur " l "'espionne qui avait osée s'attaquer seule à des esprits et que pour cela été torturé depuis maintenant presque un mois. Que n'aurais-je donné pour inverser les rôles, et le voir aussi misérable que moi je pouvais l'être !
Deux semaines de plus sans nourriture… Ma haine augmentait en même temps que la torture devenait plus cruelle encore. Ma main était noire des brûlures acquises alors qu'on me mettait des braises sur la peau pour toute la durée d'un combat. Parfois même, c'était avec une corde trop serrée autour du cou que je maniais mon épée à la poignée d'argent sans sentir cette douleur aigue. Brûlure, coupure, étranglement, viol, infériorité, humiliation… Ce n'était pas forcément le pire, mais je fini par être blasé de tout cela. Je ne criais plus de douleur, je ne pleurais plus de honte ou de tristesse. Je ne parlais même pas. Ma voix sortait que pour pousser des cris de rage dans un combat, pour libérer ma force. Je ne me plaignais plus, je ne pensais pas, en somme.
Finalement, la torture dura trois mois. Je me demandais comment j'ai pu passer autant de temps sans soins, sans pouvoir me laver, manger, dormir convenablement. Pourtant je l'ai fait, et, de surcroît, j'ai acquis de la fierté à cela. Ceux qui s'amusait à me regardait de haut quelques semaines auparavant, je ne les voyais plus que comme de vulgaire insectes, eux qui n'ont pas eu à survivre dans l'enfer où j'étais plongée. Il n'y avait plus aucun risque que je tente de me suicider, cela aurait été pour moi un signe de faiblesse, toujours prendre soin de demander une revanche si jamais je n'ai ni le dessus ni la mort sur mon adversaire m'était aussi devenu fondamental. Era m'autorisa alors à manger un peu, puis j'avais droit à un repas régulier, pour reprendre mes forces. Enfin je pu prendre à une douche. Bientôt même j'eus un matelas. Je commençais enfin à ressembler à quelque chose, bien que mon visage a gardé sa pâleur presque inimaginable et mes joues fussent toujours si creuses. La chef militaire se présenta un matin a moi, et me donna enfin mon épée. Le combat qui s'ensuivis m'étonna moi-même. Au bout de quelques minutes, sa lame était sur mon cou, mais la mienne se trouvait également sur le sien… égalité. Nous recommençâmes. La finesse était maîtresse, la souplesse fidèle compagnons, la hargne qualité essentielle. Après une heure de combat divisé en petites parties où nous finissions à égalité, je finis par la mettre enfin à terre, et c'est avec le sourire qu'Era accueillis ce qui aurait été considéré comme un affront en temps normal. " Tu es devenue douée, c'est très bien ! Pour te féliciter, je vais te donner une chambre dans le château, finit l'annexe pour toi ! " Alors elle m'y accompagna. Ma chambre était située au premier étage du château, et je pouvais admirer le grand escalier qui menait au bureau de Kiriena à chaque fois que j'allais dormir ou me levait pour m'entraîner, même si cela n'avait toujours aucun sens à mes yeux.
Quatre mois. Je sortait sur le pallié et fut arrêtée de stupeur. Six hommes montaient l'escalier parallèle à celui que j'allais emprunter. Et au milieu… " LEINO !!! " Hurlai-je de la pleine puissance de mes cordes vocales. Celui que j'aimais tant se tourna vers moi, me regarda avec des yeux sans expressions, sans sentiments. Puis il se retourna et continua à monter les escaliers. J'étais sidérée, incapable de comprendre. M'avait-il oublié ? Ou bien mon changement était-il si impressionnant qu'il ne m'avait pas reconnu ?
*Un assassin. Un assassin froid et sanguinaire…* Voilà la seule chose dont je puis me rappeler à propos de son regard si douloureux, si vide de l'amour qui y brillait avant. Avec énormément de difficulté, je me rendis tout de même à la salle d'entraînement, où Era m'annonça que je devais me rendre dans le bureau du roi. Je fis donc demi tour et monta les grands escaliers qui ne me paraissaient plus beau du tout. Le château était toujours vide, personne pour m'ouvrir la porte… seul moi et mon courage. Je frappai, et entrai sous l'ordre du vampire. Je ne pus avancer à la vue de Leino assis dans un fauteuil de cuir, face à moi. Pourtant, derrière lui, Kiriena m'incita à entrer. Les deux portes se fermèrent toutes seules derrière moi. J'avais peur et j'ignorais pourquoi. Le vampire qui se tenait devant moi n'était pas l'homme que j'avais aimé. C'était… " Un assassin. " Je relevai brusquement la tête au son d'une voix que je ne connaissais plus. " C'est ce que je suis. Mon véritable prénom est Pierre. Leinoran, ou Leino, n'est que celui du vampire qui 'ma engendré et que j'ai tué. " Je ne comprenais pas. Que racontait-il ? Je regardai Kiriena qui souriait de plaisir face à mon expression déconfite. " Je me suis affaibli, continua-t-il, au contact de deux femmes que j'ai aimé. Helena, ma meilleure amie, et toi. Toi que j'ai arraché à ta terre dès tes treize ans car je m'était épris de ton image future. Toi que j'ai élevé comme ma fille sachant que je te voulais plus que tout. Toi que j'assombris en tuant Helena et camouflant ce meurtre par une maladie. Toi que j'ai initiée au combat… -Arrête… -J'ai modelée ts pensées afin que tu aille te jeter parmi ces Esprit… -Stop… -Les tortures que tu as endurées n'étaient pas pour te punir mais pour te forger un caractère et un sabre d'acier. Ma voix augmenta d'un ton : -Arrête ! -C'est moi qui ai organisé l'enfer où tu étais. Les brûlures, les viols, les mutilations, tout était prévu par moi. Et seulement pour un seul but. -TAIS TOI !!! " Mon cri fut l'équivalent d'une énorme gifle pour le vampire. Il sourit légèrement et une larme perla sur sa joue alors que moi, c'était des torrents que mes yeux versaient. " Un exorciste doit être seul Naersan. Pas d'amant, pas d'ami, que soi et sa mentalité d'acier. Un vampire ne devient exorciste qu'après avoir vécu en Enfer. Il laisse la haine envahir son corps, il ne sent plus la douleur, la souffrance est habitude… c'est ce que tu es devenu ma puce… " La double porte failli exploser tant je l'ai claqué avec force, pour m'échapper de tout cela….