‡ La punition ‡
" Allez, relèves-toi ! -Je suis épuisée… -Je m'en doute, mais si tu souhaites progresser, il faut que tu te lèves ! " Soupirant, je ramassai mon épée et me relevai non sans difficultés. Trois semaines s'étaient écoulées depuis que j'avais battu Hesselen, Gerta et Anaro. Deux semaines que Leino m'apprenait à me battre comme un exorciste, et je progressais lentement. Etait-ce une coïncidence ou non, en tous cas, aucune mission ne m'avait été confiée depuis l'attaque des Esprits. Une pensée me traversa la tête, qui m'empêcha de me concentrer suffisamment et permit ainsi à Leino de me battre encore une fois. " Eh, Naersan, qu'est-ce qu'il se passe ? -Tu crois que notre roi regrette sa décision ? -Quelle décision ? -Celle de m'avoir nommé espion. -Non. Il sait qu'il a fait un bon choix, j'en suis certain, me rassura-t-il. -Mais à cause de moi la menace des esprits est encore plus forte. -Ecoutes, si vraiment le roi regrettait, il te l'aurait vite fais savoir, ce qui n'est pas le cas. Maintenant, si tu t'inquiètes à propos de l'absence des missions, c'est uniquement de ma faute. -Comment ça ? -j'ai demandé à notre seigneur de te laisser tranquille pour me permettre de t'entraîner. Elles reprendront dans une semaine. ". Je sourie à cette nouvelle qui me soulagea. Ce n'est pas que j'aimais vraiment mon travail, mais j'y tenais simplement. Grâce à lui, je n'avais pas l'impression d'être inutile pour la citée, bien que je ne sois plus admirée comme au moment de ma " naissance "…
" Eclate ce vase à l'aide de ta force mentale. " La fin de la semaine approchait et mes progrès étaient largement visibles. D'après Leino, seul l'expérience pouvait encore m'apprendre quelque chose. Alors il m'apprenait à me battre avec mon mental, qualité nécessaire à tout exorciste. J'arrivais déjà à détruire plusieurs petits objets, mais ce n'était pas comparable à un Esprit, dont l'anatomie est dix fois plus compliquée.
Comme prévu, les missions reprirent, stoppant l'entraînement. A cause des attaques des Esprits, nous étions maintenant organisé en groupe de quatre : un exorciste, un espion et deux soldats. Je m'entendais mal avec mes compagnons, et pour cause : Anaro était l'exorciste et les soldats, deux lâches au courage manquant. Mais je n'avais pas d'autre choix que de les supporter car pour moi, j'étais responsable du nouveau mouvement des Esprits, je ne devais donc pas me faire remarquer. Heureusement que Leino était là, à m'attendre dès que je rentrais. Il travaillait dur lui aussi, mais ne me montrait pas sa fatigue. Nous sortions souvent en ville, et chaque fois Leino riait de la méfiance dont nous faisions l'objet, sans même s'énerver. Après tout, le meilleur exorciste de Melrado et une espionne capable de battre seule 3 exorcistes, quel beau couple ! Au départ on nous évitait, puis les vampires ont fini par s'habituer, mais je trouvais ça étrange. Leino était beaucoup plus vieux que moi, et on réagissait avec lui comme avec un nouveau-né. Pourquoi ? Pourquoi un exorciste âgé d'au moins 5 siècle était-il traité comme un vampire de bas étage ? Je pouvais poser la question des millions de fois, avec toujours des tournures différentes, jamais il ne me répondait. Sois il changeait de sujet, sois il se taisait pendant tout la nuit, à mon plus grand énervement.
Un mois s'était écoulé et un raid avait été organisé chez les Esprits. En tant qu'Espion, je devais signaler le bon moment d'attaque à Anaro et ses sbires, comme je les appelais. Mais je n'étais pas d'humeur à travailler ce jour là. Leino avait été énervé toute la nuit et ne m'avait pas non plus adressé la parole le matin. Arrivé sur le terrain, j'étais seule. Le reste du groupe attendait à l'écart de la ville que je vienne les prévenir pour attaquer. A la vue de tout ces Esprits, je portais ma main à la garde de mon épée, tremblante. Je n'avais pas peur, mais j'étais simplement excitée. Je remplis un double rôle ce jour-là car j'ai bien prévenu d'un exorciste de l'attaque, mais ce combattant n'était autre que moi. Ils étaient au nombre de dix, de simples soldats, ils résistèrent juste le temps pour qu'Anaro sente mon audace…
Anaro était furieux. Il m'attrapa de son unique bras par le col et m'emmena de force face à notre seigneur, dans le château de Dirnaith, la base militaire. La salle était plutôt grande, carrée, très sombre car sans fenêtre. Les murs étaient couverts d'armes blanches de toutes sortes et au milieu de la pièce avait été placé un grand bureau, en face duquel un grand canapé de cuir noir avait été prévu pour l'accueil des visiteurs. Kiriena, le roi, nous attendait déjà. Dès que nous fûmes entrés dans le bureau, il m'autorisa à m'asseoir et renvoya Anaro. Kiriena était un vampire charismatique, grand brun aux yeux rouges, habillé de vêtement en cuir noirs moulant et d'un long manteau vermeil. Il attendit quelques minutes avant de me parler et se décida enfin : " Ton geste est fort impressionnant… Battre seule dix Esprits, bravo ! -Merci, Seigneur, mais c'est entièrement grâce… -A Leino, me coupa-t-il, je sais. Il a été un bon maître, ça ne m'étonne pas de lui. Cependant, je ne peux rester indifférent à ton égoïsme. -Je… -Non ! Ne parle pas ! Je sais déjà quel va être ta punition et tu ne va vraiment pas l'apprécier, crois-moi. " Il m'avait paru sympathique, mais je m'étais sans doute trompée. Kiriena était un roi sévère, juste mais implacable. Je m'attendais à quelque chose comme une interdiction de me battre, ou être suspendue de mon poste d'espion, ce qui me poussa à lui demander : " Je ne pourrais pas contrer la sentence, mais je vous en prie, laissez-moi mon épée… -Oh oui ! Pour cela ne t'inquiète pas, tu va te battre ! Ta punition réside en l'interdiction formelle de revoir Leino, pour une durée indéterminée. " J'étais abasourdie. Ne plus voir Leino ? C'était impossible ! Il ne pouvait pas me faire ça ! Leino était tout ce que j'avais sur l'île, tout ce que j'aimais ! Mes protestations n'eurent aucun effet, Kiriena ne voulait plus rien entendre. Il m'envoya voir le chef militaire dans les sous-sols du château, et je n'eus d'autre choix que d'obéir. Le chef militaire était une femme sombre du nom d'Era. Puissante exorciste, elle était du genre à mépriser les plus faibles, mais était adorable avec les plus forts. Aussi m'accueillit-elle très aimablement, me jugeant comme quelqu'un de fort. Elle se heurta à un haut mur de glace qu'elle ne put rompre. La salle d'entraînement était très grande et nous permettait de nous battre contre de vraies proies, allant des rongeurs jusqu'à des humains prisonniers. Era me donna une autre épée que la mienne et me mit à l'épreuve sur une biche des plus agiles. Malheureusement pour l'animal, il m'en fallait plus. J'eus très peu de mal à vaincre les humains complètement épuisés par le manque de nourriture et l'emprisonnement, alors le chef militaire se choisit elle-même comme adversaire. J'épuisai toute ma colère contre elle qui était beaucoup plus forte que moi. Tout comme Leino, elle parvenait à me mettre à terre avec une facilitée déconcertante. Et je me relevai encore plus énervée. Au début, plus je me mettais en colère contre cette femme, plus j'étais efficace. Mais passé un certain stade, mes coups ne valaient plus rien. Au bout d'un long moment de combat acharné, Era s'arrêta et dit : " C'est assez pour aujourd'hui. Une chambre t'attend dans l'annexe du château, un soldat va t'y conduire. Et puis, la prochaine fois, cesse de penser. " Tout pendant que le soldat me montrait le chemin, je songeais à la dernière phrase d'Era : " Cesse de penser ". Que voulait-elle dire par là ? Je n'y comprenais pas grand-chose. Mais la raison de ma venue à Dirnaith me revint dès que je fus seule dans ma chambre, trop simple et inconfortable. On m'avait punie et c'était ici mon chez-moi que je me mettais à haïr. Je ne citerais pas les injures que j'ai prononcé contre Kiriena tant elles sont nombreuses et trop peu belles. On m'apporta du sang que je ne bus pas et passa le reste de la soirée à pleurer sur la planche de bois censée être un lit. Une semaine passa, pas même une nouvelle de Leino me fut apporté, il me manquait beaucoup trop. Je m'entraînais contre de simple soldat maintenant, mais le dernier n'était pas assez puissant et je le décapitai sans trop le vouloir. A la suite de cet accident, je fus enfermé dans ma chambre jusqu'à ce que Kiriena vienne me voir. " Jamais plus… " Tels ont été ses mots pour m'annoncer que je ne pourrais plus jamais revoir mon amour, j'étais encore punie. La trop grande tristesse qui compressait mon cœur me poussa à prendre une dague et à me la planter dans le ventre : j'étais encore trop faible d'esprit…