‡ le passé ‡

1430. Sur le bord d'une rivière, un garçon était en train de rêvasser. Il était pauvre, misérable. Perché sur son épaule, un aigle royal guettait quelque chose aux alentours, sûrement une proie. Il dû d'ailleurs en repérer une car il s'envola, lacérant sans le vouloir l'épaule du pauvre garçon. Celui ne bougea pas, malgré le sang qui coulait. Pierre n'avait plus de parents depuis l'âge de 4 ans, il en avait à présent 10. Il avait toujours vécu en solitaire, dans la forêt, accompagné uniquement de ses aigles avec qui il se liait facilement d'amitié et qui se chargeait de lui apporter de la nourriture. Mais, malgré son jeune âge, il était un très bon chasseur et savait se camoufler très facilement dans la nature. Pourtant, il aurait pu vivre heureux, car le Duc d'Enadha l'aimait énormément et il aurait bien aimé l'élever, lorsque Pierre s'était retrouvé orphelin. Mais le garçon, de son caractère bien trempé pour son âge, s'était enfui dans la forêt. Il était impossible de savoir ce qu'il pensait. Ses yeux étaient dénués d'expression, il ne souriait jamais. Il savait très bien se débrouiller seul, et ça, personne ne le lui avait apprit, c'était quelque chose d'inné en lui. Que prévoyait-il pour son avenir ? Il y avait longuement songé et la réponse venait d'elle-même : survivre. Il n'avait aucune envie de revenir dans son royaume, vivre un avenir normal. Non, car il détestait les humains. Seul les animaux et la nature lui apportait une quelconque joie. D'ailleurs, pourquoi détestait-il les humains ? Lui, le savait très bien, c'était pour deux choses : la première était son don. Il avait don de voyance, malheureusement pour lui. Ayant peur de son pouvoir, nombreux son ceux qui souhaitaient le brûler. Seul le duc tenait à le garder en vie, il voulait connaître son avenir, bien évidement… La deuxième raison était à cause d'une vision qu'il avait reçu une nuit, sur le futur de la planète, complètement détruire par la bêtise humaine, toutes ces guerres inutiles au nom d'une religion stupide. Ces raisons avaient éveillé une haine profonde en lui, qui aimait tant sa Terre. Et ces guerres de religion, il ne trouvait rien de plus stupide. Dieu existait pour que les humains vivent en paix et aillent au Paradis, Il ne voudrait certainement pas que ses mortels se battent, alors à Son nom… C'était une absurdité monstre, si on utilisait Dieu pour faire une guerre ! Mais Pierre, lui, ne croyait pas vraiment en ce Dieu. Il disait que si vraiment Dieu existait, il aurait du l'aider lorsque sa vie était en danger, lorsqu'on avait voulu le brûler. Pourtant, il était très superstitieux. Oui, il croyait à quelque chose après la mort.
Les religions sont faites pour que nous n'ayons pas peur de la mort, car l'idée du vide nous terrifie tous : nous avons peur de ce que nous ne connaissons pas. Ainsi, toutes les religions visent le même objectif : nous rassurer de la mort. Pour ma part, je ne suis pas chrétien car je n'aime pas l'idée du Paradis. Lorsque l'on ne manque jamais de rien, ne finit-on pas par s'en lasser ? Nous ne sommes jamais content de ce que l'on a, alors le principe de Paradis et de l'Enfer n'est qu'absurdité. Pour ne pas avoir peur, je me suis moi-même imaginé l'au-delà, selon ce que j'aimais, fidèle aux principes de toutes religions. Mon idée m'a tellement plue que j'ai failli me tuer pour rejoindre ce lieu que j'avais imaginé. Ils voudront christianiser les non croyants, ils vont persécuter les protestants etc. Pourquoi ? Ne peuvent-ils pas nous laisser tranquille ? Nous croyons ce que nous voulons, que ce soit différent ou non des croyances des autres, nous n'avons pas à être puni pour ça ! "
Voilà ce qu'il répétait souvent à ses oiseaux. Son don l'avait changé, le rendant incompréhensible pour les gens de son époque. Alors il s'était replié en solitaire, avec ses animaux, et avait vécu ainsi pendant longtemps. Quel intérêt avait-il trouvé à la vie pour vivre seul toutes ces années ? Aucun. Il vivait simplement parce que la vue d'un ciel bleu ou de l'herbe le rendait heureux et il n'avait pas vraiment envie de les quitter.
C'est à l'âge de vingt-cinq ans qu'il revit un humain. Ces êtres qu'il n'avait pas vus depuis vingt-et-un an ! Que faisait un humain dans sa forêt ? S'il voulait le savoir, il devait lui parler. Ravalant sa haine, il s'approcha de lui :
" Bonjour, humain ! "
L'homme éclata de rire, au grand étonnement de Pierre, mais il demanda quand même :
" Que viens-tu faire ici ? "
L'homme ne répondit rien, et Pierre s'énerva :
" Que viens-tu faire dans ma forêt ? "
Il cessa tout de suite de crier. Il ne se sentait plus très bien, il avait la tête qui lui tournait et il avait mal au cœur. L'humain sourit et parla d'une voix étonnement calme et posée :
" Oh… Il suffit que je sonde tes pensées pour que tu te sentes aussi mal ? Tu es bien faible…
- Qui… êtes-vous ?
- Je suis Leinoran le vampire.
- Le quoi ?
- Le vampire, tu sais, ces morts-vivants qui boivent le sang de leurs victimes pour survivre, ceux qui ont donné leurs âmes au Diable ! "
Pierre n'en avait jamais entendu parler, mais il ressentait une certaine amitié des oiseaux envers cet être, alors il se lia d'amitié avec lui. Son premier ami… Comme tout vampire qui se respecte, Leinoran engendra immédiatement son nouvel " ami " et il passa un siècle avec lui. Un siècle qui lui parut très court. Pierre était fasciné par son statut de mort-vivant et il adorait tuer ceux qui ne l'avait jamais aimé. Oh oui, il s'était bien vengé car dès que Leinoran lui eut appris tout ce qu'une vampire devait savoir, notamment sur comment se battre et comment manipuler ou sonder l'esprit d'un humain (et non d'un vampire car le cœur de ces mort sont insondables), il avait massacré à lui seul son ancien village. Oh oui, il était devenu un bel assassin ! Tellement avide de sang qu'il n'hésita pas à tuer Leinoran lorsqu'il fut un peu plus fort. Le vieux vampire avait pourtant tout fait pour lui, l'emmenant dans son île du nom de Manadh, et en lui offrant plein de moment de bonheur. Mais Pierre aimait tuer, et il ne regretta en rien son crime. Les vampires de Manadh, éblouis par la force toujours grandissante de Pierre ne lui en voulurent en aucun cas, ils lui donnèrent même le nom de sa victime. C'est ainsi qu'à Manadh, le jeune vampire Pierre fut appelé Leinoran, Leino pour les amis. Pendant des siècles et des siècles Leinoran continua à tuer. Mais il cessa, une nuit après avoir ramené une humaine chez lui. C'était une jeune fille de vingt ans, au caractère bien trempé. Pourquoi Leinoran s'était-il lié d'amitié avec elle ? Même lui ne le savait pas. Elle fut sa servante et sa confidente en même temps… Cette jeune femme s'appelait Helena.

Dix ans ont passé, l'histoire se répète. Pour la seconde fois de sa vie, Leino ramène une humaine chez lui. Mais cette fois, c'est différent. Il ne s'est pas lié d'amitié pour elle : il est tombé amoureux d'elle. Pas de l'adolescente qu'il ramena cette nuit-là, non. Il s'est éprit du futur de la jeune fille. Il cessa tout ses crimes, devint quelqu'un de très calme et gentil, mais quand il le pouvait, il sortait discrètement dans la nuit pour aller massacrer sans pitié un pauvre humain. L'adolescente grandit, devint ténébreuse, froide, puis Leino finit par l'engendrer, à la mort de Helena. Tout le monde l'aimait bien mais restait distant à cause de sa froideur. Depuis qu'elle connaît Leino, jamais elle ne s'est doutée du passé de celui-ci, jamais elle n'a su qu'elle vivait avec le plus cruel des assassins… Naersan avait encore beaucoup à apprendre…

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