‡ triste ou heureuse ? ‡

Le travaille commençait un mois après mon arrivée sur l'île. Il était primordial que je sache me battre un minimum, et que je me familiarise un peu avec les habitants. Il serait dommage qu'un vampire affamé se jette sur leur nouvel espion, comme disait Leino.
Je dormais peu. La nuit, Leino m'enseignait l'art du combat à l'épée, et souvent les sciences tels que les mathématiques, la physique etc. La journée, Helena continuait ses cours de musique et on passait aussi des heures à confectionner des vêtement que j'imaginais et dessinais moi-même. Je ne pouvais dormir que l'après-midi, pendant environ cinq à six heures. De cette manière, mon corps finit par s'habituer par ce nouveau mode de vie qui me plaisait. J'avais fini par oublier ma sœur et ma tante, et mon esprit était vite devenu noir. Si j'avais été une vampire, on aurait pu dire de moi que j'étais peut-être l'une des plus ténébreuses. Instinctivement, je m'abritais du soleil, je m'habillais et me maquillais toujours de noir, mais la décoration de ma chambre représentait une lumière douce, que mon esprit d'humaine s'acharnait à garder.
La première fois que je dus espionner un humain, ce fut Leino qui me donna les renseignements. Edouard, 25e rue de la ville d'Enadha. Voilà les maigres renseignements qu'il me donna. Je ne m'éternisai pas à poser des question : je pris mon épée, allai chercher une barque et me débrouillais par mes propres moyens pour atteindre la petite ville. Le pauvre homme ne fut pas difficile à trouver. Edouard avait dans la trentaine, blond, les yeux marron, sans véritables joies. Sa vie était d'une simplicité déconcertante, mais que je n'enviai aucunement. Il se levait dans les alentours de sept heures, allait travailler dans une petite menuiserie où il restait jusqu'à 18 heures, puis rentrait simplement chez lui, rejoindre sa femme et son jeune fils. Il ne sortait presque jamais. Quand il était chez lui, il aidait sa femme à cuisiner, s'occupait de son fils, et lisait beaucoup. Il finissait par se coucher dans les alentours de vingt-deux heures, pour continuer ainsi toute la semaine. Les écoutants parler, je pus comprendre qu'ils avaient préparé une petite sortie à la plage, le dimanche suivant, et je compris aussi que ce père de famille passait ses samedi entiers à lire ou bricoler. C'est avec ce compte-rendu simpliste que je rentrais à Manadh, et les vampires décidèrent d'agir le lundi matin, lorsque le pauvre se rendrait à son travaille.
Les travaux étaient tous de cet ordre là, et c'est donc ainsi que je grandis. J'avais la chance d'avoir un beau visage, mais c'était une beauté triste. Je semblais toujours triste. Seul Leino arrivais à me faire sourire et parfois rire. Mais lui s'inquiétais de ce manque de joie. Qui aurait pu songer que j'avais été une jeune humaine pleine de vie, toujours souriante ? Seul mes dents trahissaient mon humanité. J'aimais les vampires, l'obscurité, le sang. J'étais vite devenue passionnée par les armes blanches, principalement les épées, et les voire recouvertes de sang me faisait sourire, parfois rire. Mais quand Leino me demandait si un jour je souhaiterais le rejoindre vraiment dans les ténèbres, j'hésitais.
Je ne dormais quasiment plus. Pendant les heures où je me retrouvais seule, je dessinais beaucoup. C'était souvent des licornes noires sous un ciel étoilé éclairé par une pleine lune. J'aimais aussi créer mes propres vêtements. Mais tout changea un matin, ce malheureux matin…
Tel que c'était partit, j'aurais pu considérer Leino comme mon père et Helena ma mère. Mais ça n'avait pas été le cas, sauf pour Helena. Mais comme toute mortelle, elle était sujette aux problèmes de santé et elle avait malheureusement développée une maladie incurable, que je ne connaissais pas. Pendant quatre ans, elle m'avait aidée pour mon travail, et grâce à elle j'étais devenue une musicienne et une dessinatrice hors paire. Elle était sans doute la seule personne qui pouvait m'empêcher de basculer dans les ténèbres. Sa mort m'attrista énormément. Je crois que si Leino n'avait pas été là, je l'aurais rejoint sur le champ. Mais Leino avait été là, et encore une fois, il me sauva. J'étais à présent seule, pendant les journées, et je ne pus m'empêcher de me trancher les veines. J'avais perdu ma deuxième mère… Mais Leino me trouva un peu avant que je ne meure. Il s'était effondré en pleures devant moi, disant qu'il était déjà suffisamment peiné d'avoir perdu celle qu'il considérait comme sa meilleure amie, si en plus il perdait celle qu'il aimait le plus au monde, que deviendrait-il ? Je fus touchée par ses larmes, et c'est à ce moment que je me résignais. Je me souviens parfaitement de ce que je lui ai dit :
" Puis-je te rejoindre dans les ténèbres, Leino ? "
Une phrase banale, à première vue, mais qui pour moi signifiait énormément de choses. Même si j'étais quelqu'un de sombre, je tenais tout de même à mon humanité. Mais je ne voulais pas laisser Leino ainsi, seul. Il fut d'abords surpris, mais finit tout de même par m'engendrer. Il s'en était fallu de peu. Il m'aurait certainement perdu, si seulement il était venu une minute plus tard… J'étais maintenant condamnée à vivre éternellement, avec un physique d'une jeune femme de dix-sept ans. En y réfléchissant, cela m'allait. Je me savais mignonne, pourquoi donc attendre le destin d'une mortelle, si je pouvais jouir à jamais d'une mort parfaite ? Je ne fus donc pas déçu par mon choix, et cela ne fut que plus facile pour mon travail d'espion.
J'ignorais pourquoi, mais le soleil ne me faisait rien, et du fait que je sois maintenant une vampire, mes cinq sens étaient beaucoup plus développés. Facile, donc, d'espionner discrètement quelqu'un dans ces conditions ! Mon travail avait toujours apporté satisfaction, car j'avais toujours été d'une grande précision dans mes rapports. De plus, j'étais à présents récompensée de mes efforts. Notre Seigneur, ravie de mon travail, m'autorisait à chaque fois de boire le sang contenu dans le cœur, morceau naturellement prisé par tout vampire qui se respecte. Mais une fois sur deux, je refusais, ne souhaitant pas créer de jaloux. Après tout, j'étais " nouvelle " ici, autant éviter de se faire des ennemis, même si avec Leino à côté, je ne risquais absolument rien…

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