‡ Le commencement ‡
Je sentis quelques claques sur mon visage qui me réveillèrent. C'était le jeune homme de la barque qui m'avait sauvé et il me tenait encore dans ses bras. Bien que son expression n'était pas méchante, je tremblais de peur. Je jetai un regard derrière lui et aperçus ma sœur. Mon Dieu, elle était morte ! Je me souvins alors… Il l'avait tué ! C'en était trop pour moi, je me mis à pleurer. Le jeune homme essuya mes larmes et murmura : " Tu n'as pas à pleurer la mort d'une personne qui était si méchante avec toi… -Mais… c'est ma sœur ! -Tu comprendras plus tard, ce que j'ai voulu dire… En attendant ce jour lointain… Veux-tu venir avec moi ? -Avec vous ? Pour faire quoi ? Et puis, ma tante va s'inquiéter ! -Non, ta tante dort maintenant… " Il me porta jusque dans la barque, sans attendre ma réponse qui était tellement évidente. Je ne comprenais rien à ce qu'il me disait, et je voulais rentrer chez moi ! Il m'allongea dans la barque, passa sa main sur mes yeux et, bien que je n'avais pas sommeil, je m'endormis aussitôt. Le jeune homme me réveilla une fois qu'on eut atteint une autre petit port. Il me porta délicatement sur le ponton, éclairé par une lanterne et il me rejoignit tout de suite après avoir attaché la barque et je vis enfin son apparence. Il était plutôt grand, les cheveux mi-long, coiffés en une demi-queue, attaché avec une petite pince noire. Son visage était plutôt beau, les yeux gris rouges, le teint pâle et les joues creuses, il avait l'air d'avoir environ vingt ou vingt-cinq ans. Il portait une chemise en soie tombant à la mi-cuisse et de couleurs grise, par-dessus un pantalon noir, simple. Son manteau était long, noir et très élégant. Inquiète, je demandai : " Où sommes nous ? -Sur l'île de Manadh. -Quoi ?! " Qu'est-ce que je faisais sur Manadh, accompagnée d'un homme que je ne connaissais pas et qui avait tué ma sœur ? Dans un geste complètement fou et désespéré, je me mis à courir vers la mer, mais l'homme me rattrapa par la taille et me dit d'une voix calme et posée : " Ne fais pas ça, tu risquerais de te noyer. Que veux-tu faire, sur les terres des mortels ? -Mortels ? Nous sommes tous mortels ! Aussi bien vous que moi ! Et je veux juste retrouver ma tante ! -Je te l'ai déjà dit Naersan : ta tante dort comme ta sœur… Et non, je ne suis pas mortel. Je suis mort mais vis en me nourrissant de sang. Je suis le vampire Leino. -Un… un vampire ? -L'île de Manadh est peuplée uniquement de vampires et nous nous rendons souvent sur le continent pour pouvoir nous nourrir. Ou bien nous attendons qu'un pauvre fou s'aventure sur nos terres… mais c'est devenu rare… termina-t-il avec une pointe de regret dans la voix. -Suis-je là pour vous servir de repas ? -Non. En vous voyant, j'ai d'abords pensé à manger, mais en voyant le comportement de ta chère sœur envers toi, j'ai préféré la tuer et t'offrir ainsi une vie meilleure. Un de mes frères ira chercher son corps, et elle sera notre dîner. -Alors… Vais-je finir comme vous ? Un assassin buvant du sang ? -Non plus, car si je le fait, tu garderais à jamais ton apparence actuelle, et ce n'est pas amusant pour toi. Je préfère attendre et, le jour venu, tu choisira si oui ou non, tu souhaites vivre éternellement. -Que vais-je faire en attendant ? -Je m'occuperais de toi et tu vivras tranquillement. Enfin je l'espère. J'irais voir notre Seigneur, car un humain vivant dans une île vampirique, cela risque de poser quelques problèmes… " Il me tendit la main, alors que je tournais dans ma tête tout ce qu'il venait de me dire. Finalement, je finis par faire le vide dans ma tête et pris sa main. Il me guida jusque dans une citée. La technologie n'était pas très avancée. L'électricité n'existait pas : on s'éclairait à la bougie. Les voitures n'étaient pas à moteur mais tirées par des chevaux. Télévision, ordinateur, radio, rien de tout cela n'existait sur Manadh. Leino me laissa dans un manoir à l'ambiance peut rassurante. Je m'asseyais sur un fauteuil de velours rouge dans un salon aux murs tapissés de vert foncé, décorés avec des portraient ou des paysages avec des chevaux noirs peint à la main, le parquet fait avec du bois foncé et recouvert d'un tapis sinistre. Il y avait des armoires, des étagères sur lesquels étaient posé épées, flacons remplis de sang et d'autres objets à faire froid dans le dos en argent massif. Le vampire me demanda de l'attendre ici, il n'en avait pas pour long.
Des servantes travaillaient dans le manoir et l'une d'elles m'apporta une coupe de sang, pensant vraisemblablement que j'étais une suceuse de sang comme tout le monde ici. Je ne pus refuser, mais ne toucha pas au verre qu'elle posa sur la table qui se trouvait juste en face de moi. Après une heure, crispée aux accoudoirs du fauteuil, affamée et fatiguée, la même servante revint et m'informa que Leino allait être plus long que prévu, et j'étais priée de l'attendre bien sagement dans ce salon. La servante partis et je commençais à avoir terriblement faim. Je ne réfléchissais même plus et, inconsciemment, je pris la coupe de sang posée sur la table et en bus une gorgée, attendis quelques minutes et vida le contenu du verre d'un seul coup. Puis, horrifiée, je pris conscience que j'avais appréciée un verre de sang ! Je lâchai la coupe qui alla se briser en mille morceaux sur le sol. Je me mis à pleurer. A treize ans, comment pouvais-je supporter l'idée de vivre avec des vampires et de boire du sang ?
Leino était fatigué de l'entretien avec son roi qui ne s'était pas déroulé comme il l'avait prévu. Il entra en soupirant dans le salon et me vit pleurer, un verre cassé à côté. Il se précipita vers moi et me pris dans ses bras. " Naersan, qui a-t-il ? Que sont ces bouts de verres ? - Un… un verre qu'une servante m'a apporté… un verre de sang ! -Et, tu l'as bu ? -Oui. Et j'ai aimé ! " A ces mots je me mis à pleurer encore plus. Leino me serra encore plus fort dans ses bras pour me consoler, et moi-même passai les miens autour de son cou. Un vampire n'était pas si méchant… " Tu as de la chance, tu vas pouvoir dormir dans un lit et non dans un cercueil… J'estime qu'il est préférable pour toi que tu t'habitues petit à petit à ton nouveau monde. Et si tu aimes le sang, ne t'en inquiètes pas. Ici, cela ne posera aucun problème… Je hochai la tête pour acquiescer, puis demanda : -Votre entretien avec votre Seigneur c'est bien passé ? -Je te parlerais de ça demain. En attendant, tu ses fatiguées, alors va te reposer. " Il me fit monter jusqu'au dernier étage du manoir, qui m'était entièrement destiné. Il contenait quatre pièces : une grande et large salle de bain aux tons noirs et blancs, un salon de taille respectable meublé de la même manière que le salon du rez-de-chaussée où je me trouvais quelque instants auparavant, une grande bibliothèque et enfin, une chambre dont les murs était fait de bois vernis, où il n'y avait aucun tableau mais seulement une étagère encore vide, une armoire t un grand lit à baldaquin de velours bleu. Mais malheureusement, rien ne me rassurait : j'avais peur. Leino me rappela que je n'avais rien à craindre et il me donna une chemise de nuit datant à peut près du XVIIIe siècle. Il me laissa me changer pendant qu'il allait prévenir les servantes que j'étais humaine. Lorsqu'il revint, ce n'était que pour me souhaiter une bonne nuit, mais je le retins par la manche de sa chemise pour l'empêcher de partir. Je ne voulais pas rester seule alors il s'assit sur le lit et me dit qu'il resterait avec moi. Il était du genre à tenir parole et il s'allongea donc avec moi jusqu'à ce que je m'endorme et ce ne fut qu'à ce moment là qu'il s'en alla discrètement.
Le lendemain matin, je savais bien que rien n'était illusion, pour la simple et bonne raison que ce n'était pas la douce odeur de ma tante qui me réveilla, mais le froid, car je n'était pas couverte par la couverture. Quelqu'un avait laissé dans l'armoire une robe noire semblant elle aussi appartenir à la mode du XVIIIe siècle. Je la mit et me regarda longuement dans le miroir fixé à la porte de l'armoire. Je semblais être déguisée pour le carnaval… Mais je la gardais quand même, pensant faire ainsi plaisir à Leino. Une servante frappa à la porte et entra. Aussitôt elle se mit à me parler : " Bonjours Naersan ! Je suis Helena, humaine au service de Leino le vampire. Le maître m'a chargé de m'occuper de toi le jour, lorsqu'il dort. Tu es magnifique dans cette robe ! Allez viens, je t'ai servis un petit déjeuné digne des humains tels que nous. " Le petit déjeuné était copieux et délicieux, servit dans mon salon. Helena s'occupait très bien de moi et elle veillait à ce que je ne m'ennuie jamais. Ainsi, rien qu'en une journée, elle m'apprit à coudre, à jouer du piano et du violon et à monter à cheval. Il ne se passait pas un moment sans que je ne sache pas quoi faire ! Et puis Helena était une jeune femme adorable. Elle semblait être très fière de son statue d'humaine, même si elle n portait pas de grande hostilité envers les vampires. Dès que la nuit tomba, Leino vint me voir et m'emmena dans la bibliothèque du rez-de-chaussée. " Je dois te parler de mon entretien avec notre Seigneur. Comme tu as du le remarquer, tu es acceptée chez nous, mais à une condition que je n'ai pas pu lever. " Il se leva, alla chercher un verre de jus de pêche pour moi, un de sang pour lui, retourna s'asseoir et reprit : " Notre communauté est divisée en plusieurs groupes composé de vampires plus ou moins puissants. Toutes les deux semaines, ils doivent ramener plusieurs humains qui vont nous nourrir, mais cela doit se faire discrètement. Ton travaille, en échange de ton intégration, sera d'aller espionner et récolter le plus d'information possible sur un ou plusieurs mortels dont on t'auras fourni déjà ce que nous savions. Cela ne se fera donc qu'une fois toutes les deux semaines, pendant deux ou trois jours où tu n'auras pas le droit de dormir ou manger. Voilà le prix difficile pour que tu puisses vivre heureuse à Manadh. Acceptes-tu, ou repars-tu sur le continent ? " Sans réfléchir, j'acceptai l'offre, ce qui le fit sourire.
Ceci… n'était que le commencement…