‡ Le Rêve ‡

Annya, à côté de Kiriena, paraissait… impressionnante. Le roi donnait l'impression d'être aussi jeune qu'un nourrisson, et c'est de cette manière qu'on pouvait se rendre compte du charisme des Anciens. Et pas seulement celui d'Annya… Les 6 Anciens, en pénétrant dans Melrado, avaient, de leur seule présence, imposé le silence de la citée ce jour là bruyante. Leino et moi avions été enviés par tous les vampires, et surtout par Anaro, lorsqu'on nous avait vu parler aux " Sages " le plus naturellement du monde. Et moi, j'avais particulièrement suscité la jalousie de Melrado par deux fois : la première, ridicule, fut lorsque Jarian me prit dans ses bras pour me souhaiter une bonne journée. Et al deuxième fut naturellement lorsqu'on apprit que j'avais été anobie…
Parmi nos invités, il y avait deux styles : les renfermés et les provocateurs. Seyss, Annya et Amon Lee étaient de cette deuxième catégorie, comblant les désirs de quelques vampires pour leur faire subir mille souffrances par la suite.
Maaya et Shinryu, l'Ancien de la Terre, étaient timides et sympathiques, réparant dans l'ombre les dégâts causés par leurs frères et sœur. Quant à Jarian, il s'était complètement renfermé sur lui-même et ni moi ni Leino ne pouvions lui arracher un mots lorsqu'il sortait, rarement, de ses appartements. Les souvenirs qu'il m'avait transmis ne me permettaient même pas de comprendre, je ne pouvais rien faire…

" Jarian… Tu sais que tu peux nous parler, à moi, à Leino. A Kiriena ou Era, même ! "
Son silence m'égorgeait, alors que j'essayai de lui soutirer un mot depuis une heure.
" Jarian, j'ai besoin de te comprendre…
- Tu as mes souvenirs pour ça, dit-il enfin.
- Tes souvenirs ? m'écriai-je. Ce ne sont que cinq secondes sur tes dix milles ans d'existence ! Je ne connais rien de toi !
- Tu es censée comprendre, tu es une vampire…
- Un nouveau-né, oui ! coupai-je. Jarian… "
Je ne pus terminer ma phrase, faute de trouver les mots qui qualifiaient mes pensées. Mais le vampire mis fin à ma réfléxion en se levant.
" Je vais dormir, bonne nuit, Naersan.
-Je te souhaite plutôt de mourir ! "
Il me salua de la tête et je me retrouvais seule. Au fond, je savais qu'il irait plus se confier à Leino qu'à moi. Mais peu m'importait, j'étais lasse, cette nuit là. Je me rendis à la vieille bibliothèque…

Elle était là, mon ennemie de toujours… Son visage fin et pâle était endormi sur l'herbe fraîche de l'aurore. Je caressai son cou, rêvant d'y plonger mes crocs, ce qui la fit sursauter, la réveillant…
Elle ne prononça pas un mot, pas plus que moi. Nous nous étions déjà rencontré une fois, mais j'étais certaine de la connaître bien mieux que cela. Elle se leva et j'approchai ma main de la sienne, forçant la matière à se rencontrer pour que sa main puisse se matérialiser. Néanmoins, je ne la serrai pas, je ne faisais rien de plus que de laisser ma paume plaquée contre la sienne.
" Où sommes-nous ? demanda-t-elle de sa voix qui m'étais si familière.
-Je l'ignore. Juste dans une forêt. "
A l'instant où je prononçai ces mots involontairement, j'aperçu la masse d'arbre qui nous entourait. Il n'y avait pas beaucoup de forêt sur l'île aussi dense que celle-là, nous devions donc être dans la Forêt des Dieux, dan le royaume des Esprits… Et je me tenait devant leur…
" Reine. "
Sa voix rompit mes pensées, de manière superficielle seulement. Je ne prononçai aucun mot, l'incitant à continuer de parler.
" Nous aussi, pour devenir souverain, nous devons être anoblis. Et cette cérémonie se passe exactement comme la votre. Mais nos Anciens ont enfin obtenus la paix de leurs âmes et jouissent d'une mort parfaite. J'ai été la dernière personne anoblie.
-Ton roi est donc mort.
-Je l'ai aidé à soigner le mal qui a fait de lui un Esprit. J'ai ainsi pu prendre sa place, afin de me venger moi-même.
-Et tu mourras toi aussi…
-Bientôt, oui, quand toute ta sale espèce disparaîtra… "
Ensemble, nous dégainâmes nos armes. Alors que je plantai mes deux cimeterres dans son ventre, elle traversa ma gorge de son épée d'argent…

Silence, rompu par le souffle d'une respiration. Je sens une main posée sur mon bras, je sens qu'il s'approche de moi. Ses lèvres sont si glaciales… J'avais oubliée que les miennes devaient l'être aussi.
" Je sais que tu es réveillée, ouvre les yeux, s'il te plait. "
J'obéis. Mon regard était interrogateur, Leino répondit donc à mes questions silencieuses :
" Nous t'avons trouvé, baignant dans ton sang, alors que tu semblait lire un de nos vieux livre écrit dans un dialecte passé. Immédiatement, nous avons tenté de te soigner, mais ta blessure transperçait toute ta gorge et quelques fibres d'argent s'étaient imprégnées dans tes tissus. Pendant tout le mois où tu as été inconsciente, nous avons cherché ce qui t'étais arrivé, en vain. Et la guerre ne nous a pas facilité la tâche… Nous avons déjà dû envoyer Maaya et Seyss sur le champ de bataille. "
Je ne dis rien. J'observais la pièce. Leino était habillé comme le premier jour où je l'avais rencontré : chemise en soie grise tombant à la mi-cuisse, pantalon simple et noir, et un long manteau noir élégant. Moi, j'étais vêtue d'un bustier de cuir noir bien serré, terminé en pointe à la taille, une jupe de velours noire, fendu jusqu'en haut de ma cuisse gauche, couvrait mes jambes. Mes épaules, normalement dénudées, étaient couvertes par une longue cape noire. Et, pour la première fois, je dormais dans un cercueil…dans mon cercueil. Tout était très sombre, et bien que ce ne soit pas pour me déplaire, je me levai et me mis à marcher vers les rideaux fermés d'une des fenêtres. Je l'ouvris mais le refermais aussitôt, brûlée.
" L'argent a affaibli tes pouvoirs de Haut-Vampire. Pour l'instant, et ce pendant environ six mois ou le double, agit comme un vampire normal… "
Mais je ne l'écoutais pas, retournant le nom de l'Esprit dans ma tête et dans tous les sens.
" Ce n'était qu'un rêve, murmurai-je avant de sortit de la pièce… "

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