‡ Entremêlement ‡
Il pleurait… Le plus puissant des vampires n'était qu'un grand sensible… Mais il me semblait qu'il n'avait jamais eu une vie agréable. Avant de mourir, Jarian me donna un indice : la bibliothèque. Je pense qu'il avait dû laisser une trace du malaise qu'il éprouvait, et qu'il n'avait jamais révélé, dans un livre. Mais j'étais encore trop faible pour chercher…
Les Anciens nous avaient cachés une chose : leurs prêtres. Usant de leurs pouvoirs sur le monde mortel, chacun avait créé une sorte de secte. Et chaque secte était régie par un grand prêtre… La chose la plus puissante que nous pensions seule capable de nous dépêtrer du pétrin de la guerre dans laquelle nous nous étions fourrés était l'association de la magie des grands prêtres et des Anciens. Mais la règle de ce rite ultime était le sacrifice d'un être vivant, ce qu'on aurait appelé humain… Leinoran était remplacé par Leino, et Era dû recevoir le pouvoir de l'ancienne grande prêtresse, morte en même temps que son maître. Je ne sais pourquoi, mais la prêtresse de Jarian avait disparue elle aussi, et je fus choisie pour la remplacer. Ce premier problème fut réglé rapidement, mais nous dûmes trouver une solution au second : qui allait se sacrifier ? Nous ne pouvions choisir un sujet car ils étaient trop faible, il fallait quelqu'un de puissant…En fait, on savait déjà qui devrait mourir, mais nous ne voulions pas… Je ne sais pas quelle folie les a pris de me nommer grande prêtresse de Jarian. Je n'étais pas assez puissante…
Je fus réveillée par le tendre baiser de Leino. Notre union avait été célébrée trois mois auparavant, en même temps que le couronnement de Leino. Cela faisait aussi trois mois que je n'avais pas prononcée un mot. Je ne pleurais plus, ma peine était bien trop grande. Face à mon silence désespéré, Leino explosa : " Mais parles Naersan ! Cela va faire six mois que la bataille a eu lieu et Kiriena ne s'est pas sacrifié pour que ses amis vivent dans un désespoir si sombre ! -Mon deuil pour lui vient de s'achever… Mais pas ma souffrance d'avoir tué un être cher à mon cœur. " Encore allongée sur le lit, je regardai fixement le plafond. Leino se pencha au dessus de mon visage et murmura : " Non… Non tu ne l'as pas tué… " Je le regardai d'un regard absent, un regard plongé dans des souvenirs qui firent jaillir des larmes de sang. Nous avions tout mis en place pour effectuer à bien le rituel. Les Anciens psalmodiaient, les grands prêtres les protégeaient de leurs meilleur sors de protection. Le mien n'était pourtant pas aussi efficace qu'il aurait dû l'être, je manquais d'entraînement. Alors que les Esprits se jetaient sur nous, Jarian hurla aux grand prêtes de dégainer leurs épée et de se battre, en gardant leur sors de protection actif. Mon sors lâcha quelques secondes avant la fin du rituel. Ce dernier put néanmoins fonctionner. Jarian dégaina à son tour pour venir m'aider, moi qui était submergée par le flot des régénérateurs, pendant que Kiriena poussait son dernier cri. En voyant arriver l'Ancien, les Esprit me clouèrent au sol par une dague enfoncée à travers le ventre et se ruèrent sur Jarian. Je ne pus retirer l'arme fichée dans mon corps pour lui venir en aide, et les autres Anciens et grands prêtres se battaient aveuglément de l'autre côté du septagramme encore infranchissable à cause de l'énergie que dégageait le corps mort de Kiriena. Lorsque je parvins enfin à arracher la dague, le sors faisait son effet et anéantissait toute vis spectrale autour de nous… Mais Jarian était à terre et saignait abondement. Je rampai jusqu'à lui et tentai de faire cesser ses hémorragies tout en lui parlant pour qu'il reste éveillé. J'échouai et c'est dans mes bras qu'il mourut, ayant juste le temps de me dire le mot " bibliothèque " quand je lui demandai, en pleure, " pourquoi ? "… " J'ai essayé, Leino… J'ai essayé de maintenir le sors de protection, j'ai essayé d'arracher cette dague de mon ventre pour lui porter de l'aide… mais j'ai échoué et je l'ai tué ! " Mes larmes de sangs coulaient à flot sur mes joues sans que je ne parvienne plus à les arrêter. Leino les sécha et me murmura : " Naersan… Tu n'as pas à t'accuser de la mort de Jarian. Je sais que mes mots seront vains, car que je connais bien le cas dans lequel tu te trouves. Mais dis toi qu'il est mort en accomplissant ce qu'il aimait : se battre et te protéger. Il aurait très bien pu te laisser te débrouiller seule, mais il t'a aidé… Ne pleure plus sa mort car elle est irréversible et ne pense plus qu'à ses souvenirs… Ce n'est pas toi qui l'as tué… " Il sécha encore une fois une larme perlant sur ma joue et me regarda longuement avant de m'embrasser longuement. " Allez, habilles-toi, on t'attend en bas… " Il me présenta une robe qu'il venait juste d'acheter pour moi : faite d'un bustier en cuir noir terminée en pointe vers le bas, une jupe de velours noir aux reflets bleuté, taille très basse et traînant un peu au sol à l'arrière alors que l'avant était pile assez long pour cacher les pied, y était rattaché par un entremêlement de cordelettes de lin bleu marine qui cachait en partie les hanches dénudées. Je l'enfilai et il se chargea de serrer le bustier. Il me glissa un tendre baiser sur l'épaule avant de les recouvrir d'une cape au col droit et doublé de cuir qui remontait jusqu'aux points de la mâchoire. Leino m'admira quelques minutes et son sourire, accompagné de son regard suffit pour que je sache ce qu'il pensait et cela me fit sourire. Il me tendit la main que je pris et nous sortions du manoir pour nous rendre à la soirée qu'il avait prévu…