‡ Exigences ‡

Il fait froid, je grelotte dans mon manteau. Pourtant je suis habillée chaudement, abrité du froid…
" Qui donc ? m'exclamai-je "
Aucune réponse, ce silence toujours présent…
" Qui ose me frigorifier ainsi ? "
Le doute me gagne, mais seulement le doute. Toujours pas un bruit…
" Si c'est la peur que vous cherchez dans mon être, vous ne la trouverez pas ! "

Elle disait mi-vrai, mi-faux. Il fallait qu'elle se concentre un maximum pour être certaine de ne pas sursauter au moindre bruit, d'avoir un visage normal, mais ce fut les seuls efforts qu'elle devait faire. Je m'amusais à la regarder, elle si douce, si fière et forte… Oui, elle ne me laissait pas indifférent, impossible de le nier. Je m'amusais avec elle, je m'amuse toujours…

Un hibou ! Mon sursaut n'est qu'extrêmement léger, mon visage un peu plus tendue.
" Montrez-vous ! Je connais cette forêt pour son côté mystérieux, je n'ai pas peur ! "
Et pourtant… je sens quelqu'un m'observer. Pourquoi suis-je venue ici ? Par simple désir de montrer ma force, mon courage, il me semble. De toute façon aucun de mes gestes ces derniers temps n'ont de raison fixe, tout est flou…Du vent, la lune apparaît, elle est pleine. Lieu idéal et nuit parfaite pour un peu de magie… je connais une petite clairière au centre de la forêt, j'y allais souvent en plein jour pour préparer mes rituels… mais je n'ai jamais eu le cran de venir les faire la nuit. Sauf que maintenant, il fallait que j'y aille, que je me le prouve… tant pis pour la cause du froid.

Ma foi elle semble déterminée… Je me doute qu'elle va tenter son rituel, mais quel courage tout de même… Je ne pense pas qu'elle en connaisse toutes les facettes, c'est impossible, peu de personnes accepteraient de le faire sinon…

L'autel est là, recouvert d'une nappe noire. Je pose la lanterne sur la table, me déshabille et enfile une robe noir transparente très légère Je commence à créer le cercle. Une bougie noire est déjà placé sur le l'autel. J'éteint ma lanterne et allume la bougie. Puis je me dirige vers le Nord, y pose un petit bol rempli de gros sel, puis une chandelle, au sud. Viens ensuite L'est, de l'encens, et enfin l'ouest, une coupe d'eau claire. De ma dague, je trace le cercle en me concentrant, puis prononce les formules pour chaque points cardinaux. Je retourne face à ma bougie, un peu stressée, j'ouvre mon grimoire, rapproche près de moi une bouette posée sur l'autel…

Elle semble s'y connaître mine de rien… J'appréhende tout autant qu'elle. Son but nécessite-t-il ce rituel presque barbare ? De toute façon, je n'y peux rien. Si même ma présence ne l'a pas fait fuir…

Je sors de la boîte un écureuil. Je le détends, pour ne pas qu'il se sauve, le caresse et lui parle doucement. Je me détends du même fait. L'animal semble prendre plaisir à mes caresses, il n'a plus peur, il se laissera faire, désormais. Je ferme les yeux, une main sur le ventre de l'écureuil pour ne pas qu'il s'échappe, au cas ou. Je pense à mon but, à ma volonté, pourquoi fais-je ce rituel ? La raison me vint comme un coup de fouet et sans hésiter je saisis ma dague et la plante dans le cœur du pauvre animal.

Elle a un joli coup de poignard… Elle devient sombre, j'aime d'autant plus. Je repense à la formation du cercle… Quel bonheur de la voir évoluer si gracieusement dans sa robe… je suis certain de mon choix, je suis loin de m'être trompé. Je la désire encore plus maintenant que du sang coule sur ses mains…

Je porte l'animal au dessus de ma tête et recueil plusieurs gouttes de sang dans ma bouche. Je connais le goût du sang, mais c'est toujours surprenant. Le liquide vital se répand dans mon palais, un véritable bonheur. Stop, je ne dois boire plus, il faut continuer le rituel… J pose la bête sacrifiée sur une coupe de verre, le sang y coule… Je m'extasie des dernières gouttes restant sur mes lèvres…
De la satisfaction, du bonheur… Mon offrande à fait plaisir, mais je n'y fais pas plus attention. Je dois continuer à psalmodier. Le rituel est long, complexe et difficile. Je l'exécute cependant avec passion et certitude. Soudain une douleur au ventre. Insupportable, c'est insupportable. Mais je dois résister à la tentation de stopper. Je continue ma psalmodie, continuer, toujours…

Cela commence… Ils ont aimés… Je descends de mon arbre, près à réagir rapidement.
Non, cela ne va pas, quelque chose n'est pas normale…

Une coupure se forme entre mes seins, elle s'étire, elle me fait mal… Je continue cependant mon rituel, je ne dois pas me laisser abattre par la douleur. La coupure s'étend sur tout mon ventre et forme une croix, qui ne cesse de s'étirer. Je sens l'énergie émaner de ce symbole, ou maintenant se trace un serpent s'enroulant autour de la croix. La douleur est trop intense, je me mets à hurler alors que la blessure se fait de plus en plus profonde. Des coupures zèbrent mon visage, elles apparaissent comme si l'on me criblait de coup de fouets, mes yeux sont noirs… Un appel, j'entends leurs voix, leur demande… m'infliger une blessure moi-même, voila ce qu'ils veulent… que je me fasse souffrir moi-même…

La tournure est inattendue ! Mais qu'a-t-elle demandé ?. J'ignore comment elle va ressortir du cercle. Les Dieux auraient-ils décidé de lui prendre la vie en échange de son vœu ? C'est traître pour une servante aussi fidèle… Mais, que fait-elle, pourquoi prend-elle sa dague ? Ce n'est pas vrai, pas ça ! Ils vont trop loin !

J'approche la dague de ma gorge. Ils veulent que je souffre ? Je souffrirais. J'enfonce un peu la lame et tire un grand trait. Cela fait mal, oh oui ! Mais ils en redemandent, encore, toujours plus… le triple choc était puissant, je le savais… je trace de nombreuses coupures ainsi, puis fini par m'enfoncer la dague à travers la gorge.
J'aperçois quelqu'un, au bout de la clairière, mais ma vue devint floue…

100 ans ont passé. Je suis de retour près du sanglant autel avec Jarian. Sans lui je serait morte, grâce à lui, je suis morte vivante… Mon rituel a cependant marché. Ce que les dieux attendaient était ma souffrance éternelle pour ce que je demandais. Cela ne m'étonne guère, après tout j'ai détruit…
" Quel était ta demande au juste, Annya ? "
je ne lui avait jamais dit, c'est vrai… de toute façon, nous n'en avons jamais parlé…
" Pourquoi tant de souffrance pour un rituel ? redemanda-t-il
-Le don doit être supérieur au résultat… La souffrance éternelle n'est-elle pas supérieur à la mort ? "

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