‡ Irruptions ‡

" Que te rappelles-tu de ta vie mortelle ?
-Aucun souvenir très joyeux, maugréai-je.
-Vraiment ? "
Ses questions me perturbaient. Elle avait répondu à mon appel, mais je commençais à regretter mes cris silencieux.
" Combien de temps as-tu passé sur le continent ?
-Treize ans.
-Et aucun souvenir joyeux ? s'étonna-t-elle.
-Pas durant ces treize ans. Seulement après avoir rencontré Leino.
-Et ta petite enfance ? "
Silence de ma part : je ne comprenais pas.
" Jusqu'à tes cinq ans ? Enfin huit, âge ou tu as perdu tes parents.
-Aucun souvenir, fis-je en marmonnant.
-Aucun ?
-Tu sais que tu commences réellement à m'exaspérer ? Je n'ai souvenir que de parents froids et blancs à la morgue, d'une tante suffisante et d'un traîtresse de sœur ? Le reste n'est qu'un vague trou noir d'où ne remonte parfois que des notes de musique, semblant joyeuse. Cela te suffit-il ou faut-il que je te conte toute l'histoire de mes souvenirs dans els moindres détails ? "
Elle se tue. Qu'avait-elle à dire ? Comme je m'en voulais d'avoir laisser Leino pour pouvoir parler à cette femme qui n'en était plus une… Trop mystérieuse, je la détestai…

Leino se vengea fort bien de mon acidité. Il se servit de ma jalousie maladive, en me prévenant d'une fête donnée ce soir, à Dirnaith. Je le fusillai du regard, avant d'aller tuer cette catin qui dormait amoureusement dans notre lit conjugal, en lui précisant juste qu'elle avait eu le simple malheur de prendre son pied avec MON époux, dans MON lit… Je ne pris pas la peine de lui faire subir les milles souffrances perverses qui vrillaient mon cerveau, et me mit en tâche de trouver une robe digne de ce nom. Décolleté très plongeant, fait de velours lourd, elle était de forme très simple, tombant simplement sur le sol. Porté au dessus, une autre robe cette fois noire transparente aux motifs de roses toutes aussi noires, au col droit et aux manches si larges qu'elles touchaient elles aussi le sol, recouvrant mes mains blanchâtres. Le jupon formait une traîne fort peu longue, mais très élégante. Les cheveux relevés à l'aide d'une chaîne en argent, je mis la touche finale à mon apparence en maquillant mes yeux de ce khôl noir qui avait tant fait ressortir mes yeux bleus gris, avant mon engendrement. Mes fines lèvres recouvertes de noir, j'achevai ainsi de faire ressortir l'extrême blancheur de mon teint.
Pendant tout ce temps, Leino me regardait, sans rien dire. Lorsqu'il vit que j'étais prête, il me tendis sa main et m'invita à le suivre. Sans broncher, je saisi ces doigts longs et mortels, et me dirigea vers une de ces fêtes dont j'avais horreur et qui ne servait qu'à entretenir de bonnes relations avec des personnes qu'on haïssait. Je savais à quel point mon compagnon, lui aussi, détestait ces soirée, mais il n'avait plus d'autres choix que d'y assister.

La soirée se passait fort bien. Les vampires m'avaient offert quelques humains aux sangs ivres mais exquis. Seulement, je n'aurais jamais cru la voir, elle… Asriel créa une véritable atmosphère de haine écrasante lorsque sa présence fut sentie dans la pièce. Elle se dirigea directement à nous, couple royal, et se mit à embrasser Leino qui, à ma grande surprise, la repoussa violement. Ce coureur de jupon psychopathe refusait donc un baiser d'une si jolie femme ? Mais passons, là n'était pas le problème.
" Tu aurais pu te vêtir plus élégamment pour cette petite soirée, douce reine ennemie… ricanai-je
- Nous ne sommes plus censé être ennemi, tu étais pourtant l'une des première à le clamer, riposta-t-elle.
- Cela pose un problème ? Quelle folie t'amène jusqu'ici ? demandai-je en la transperçant de mon regard si noir.
- Celle de vouloir te faire comprendre quelque chose… Maero est-elle ici ? "
La question me fit un choc. Maero ? Qui étais Maero ? Ah oui ! Maero…
" Leino… murmurai-je. C'est ta sœur, tu devrais savoir où elle est.
- Plus dans cette pièce. Elle s'est trouvé un mâle qui lui plaisait fort et se morfond dans les plaisirs de la chaire à quelque étage en dessous d'ici, répondit mon compagnon.
- Cela ne t'intrigue pas, Naersan ?
- Asriel. Pars d'ici avant que je ne déclare de nouveau la guerre entre nos peuples.
- Leino a une sœur… une sœur de sang. Cela ne te fais penser à rien ? "
Ma main vola forte et rapide pour gifler l'élégant visage du spectre. L'assemblée, qui grognait de colère depuis tout à l'heure, s'était soudainement tu et tous portèrent doucement leurs mains vers leurs armes.
" Pars maintenant, avant qu'on ne te force à prendre une autre porte.
- Vampire ingrat… ricana Asriel. Je sais que tu ne le feras pas… "
Mais elle tourna les talons et sans alla, sans demander son reste. Restée debout, je me rassis sur le trône sur lequel je me reposais depuis bien une demi-heure avant cette interruption. Leino fit signe à l'assemblée de se détendre et de reprendre la fête avant de se tourner ver moi et de caresser ma joue du plat de sa main…

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