‡ Froideur ‡

Mes blessures ainsi que celles de Leino étaient assez conséquentes pour que Kiriena nous autorise à rester dans la citée, à Dirnaith très précisément. Maero n'était pas restée avec nous, et je ne m'inquiétais pas sur son sort…
" NAERSAAAAAAAN !!! "
Le hurlement du roi était significatif : il était de bonne humeur. Je montai lentement l'escalier et entrai en poussant un soupir passablement provocateur... auquel Kiriena ne réagit pas. Il m'invita simplement à m'asseoir.
" Comment vas-tu ? "
Il était sérieux comme je ne l'avais jamais vu. Aussi décidai-je de l'être également :
" Faites-vous transpercer le ventre pas le bras d'un Régénérateur assez, et vous connaîtrez la réponse.
-Oui, bon… Il me semble que Leino n'est pas très frais lui non plus.
-Il a été si affaibli qu'il ne parvient même pas se guérir lui-même, mais il ne le montre pas. Quoique une chose est sûre : il ne peut pas se battre pour l'instant.
-C'est ce qu'il me semblait. Je ne l'ai pas renvoyé dans les combats à cause de ce doute, mais on ne peut plus attendre…
-Comment ça ?
-Nous n'avons pas le dessus dans cette guerre, et une grande bataille se prépare. Petit à petit les deux clans rappellent leurs troupes pour els soigner et les entraîner à nouveau… Mais pour gagner, il nous faut retrouver les Anciens.
-Les Anciens ? m'exclamai-je avec un air de dégoût involontaire sur le visage. Que peuvent-ils faire pour nous ?
-Ils sont très puissants, leur force est impressionnante. Ils étaient sept au total, plus que six, maintenant que Leino en a tué un.
-Leinoran, c'était Leinoran ?
-Oui. Le plus solitaire de tous, et le plus faible. Leino à un peu dépassé cette force, mais il nous faut le pouvoir des autres…
-Où sont-ils ?
-Et bien, nous ne savons pas très bien… Il semblerait qu'un seul d'entre eux soit resté sur l'île. Maero et Era sont déjà parti à sa recherche. Il faut que tu t'occupes des autres avec Leino.
-Pourquoi Leino m'accompagnerait-il ? Sa force pourrai vous aider pour des entraînements, il n'est pas nécessaire qu'il vienne avec moi, je me contenterais bien de…
-Naersan ! Je ne te demande pas ton avis, je t'ordonne ! "
Sa remarque coupa court mon élan et c'est après un " A vos ordre, monseigneur… " que je m'éclipsai, direction la chambre de Leino.
Il était en train de dormir… Je m'assis près de lui et le regardai pendant un long moment avant de murmurer :
" Assassin sanguinaire... Tu m'as fait plonger dans le plus cruel des Enfer ! Mais malgré cela, comment pourrais-je vaincre l'amour que j'éprouve pour toi ? "
Puis, maudissant ces larmes qui me montèrent aux yeux, je m'éclipsai quelques minutes hors de la pièce. Lorsque je rentrais pour la seconde fois, Leino terminait de s'habiller, parfaitement réveillai, et me regardant avec un lueur dans ses yeux rouges-gris que je connaissais que trop bien. Est-ce que, par hasard, il ne dormait pas et m'avait entendu ?
" On doit retrouver les Anciens, dépêches-toi, nous partons dans vingt minutes ! "
Je sortis en claquant la porte, me retrouvant nez à nez avec Kiriena qui soupira :
" Ta froideur témoigne de ton imbécillité chronique… Dépêchez-vous, ça traîne ! "
Et voila, il avait parfaitement retrouvé son sarcasme ! Je lui jetai un regard noir avant de me rendre sur un des pontons les plus proches grâce au réseau de sous-terrains. Leino me rejoignit rapidement et monta dans la barque, et je me mis enfin à ramer en direction du Continent.
Le silence me plaisait, il reflétait parfaitement mon humeur, ma colère. Leino, lui, ne cherchait pas à le briser, il méditait simplement pour essayer de guérir ses dernières blessures. Mais soudain, il s'exclama :
" Quand me rendras-tu ces cimeterres ?
-Sans doutes jamais. "
Il ne demanda pas plus. J'adorai l'efficacité de ces lames et je ne les aurais rendu pour rien au monde…
Arrivé sur terre, nous nous mîmes immédiatement en marche vers un petit bois à l'ouest. Leinoran possédait là une petite maison où nous pourrions peut-être trouver des renseignements… C'est en chemin que je daignai rompre le silence pour dire à Leino :
" C'est toi qui m'a dit ce qu'il c'était passé entre le moment où j'ai quitté Maero et celui où je me suis réveillée. Comme tu t'en doutes, je n'ai aucun souvenir… Mais ce n'est pas pour autant un trou noir dans mon esprit…
-Expliques-toi… "
Je laissai passer un long silence avant de répondre :
" Je suis partie un bon bout de temps sur le Continent pour engendrer une jeune sataniste du nom de Tessa… Voila le souvenir que j'ai à la place d'un néant.
-Tu n'es jamais allé engendrer une certaine Tessa.
-Je sais bien ! C'est pour ça que je t'en parle. J'aimerais savoir si tu as une explication…
-Moi non. Mais un Ancien serait en mesure de t'éclairer. "
Inutile de répondre à ça, et aucune autres paroles ne furent échangées.

Leino reconnu assez facilement ce que nous cherchions : il y avait passé quelques années en compagnie de son maître. L'habitat n'avait rien d'époustouflant, juste une petite maison de campagne au milieu d'un bois.
" Quel goût de luxe… murmurai-je ironiquement. "
J'ouvrai la porte et immédiatement mon attention fût attirée vers la petite porte juste en face de moi. Elle était entrouverte et une douce lumière s'en émanait. Je regardai Leino qui était encore dans le jardin et il me fit signe de son intention d'explorer les alentours. J'acquiesçai et me dirigeai alors seule vers la porte entrouverte. Je la poussai et entrai dans une pièce… vide de meuble. Un septagramme était profondément gravé dans le sol et, à l'extrémité de chaque branche, une bougie brûlait. Une seule était éteinte, mais ce n'est pas ce qui m'intriguai le plus… Au milieu de l'étoile à sept branches se tenait… un esprit ? Son corps était comme un hologramme flou : il était brumeux et disparaissait parfois. Mon entrée réveilla l'homme qui, un genou posé à terre, méditait, et son corps devint alors matériel, sans que je ne puisse me l'expliquer. Les Esprits n'ont pas la capacité de matérialiser leurs corps comme ils le souhaitent, seul la matière permet cet exploit. Sans qu'il n'ait bougé d'un pouce, il demanda d'une voix envoûtante :
" Tu t'appelles Naersan, non ? "
Silence de ma part. je en savais comment réagir face à un Eprit aux pouvoirs si étranges… L'homme se leva. Il était grand, élégant et d'une rare beauté. Ses longs cheveux châtain foncés étaient coiffés en une demie-queue tressée et ses yeux étaient d'un gris perçant. Il s'approcha de moi et s'exclama :
" Je ne suis pas un esprit, rassures-toi. "
Et, sans prévenir, il sortit un poignard et il se trancha les veines du poignet droit. Il tendit sa main gauche et je me sentis attirée vers lui, comme hypnotisée. Sans que je puisse me défendre je me retrouvais dans ses bras, le dos plaqué contre sa poitrine, il fit couler son sang dans ma bouche. Je refusais d'abord de boire, mais, après avoir manqué de m'étouffer à cause du surplus de liquide vital dans ma bouche, l'étrange homme me força à avaler. Ce sang était sans doute le meilleur qu'il ne me fut donné de boire, mais il était aussi remarquablement puissant. J'avais la tête qui tournait et des milliers d'images que je ne saurais définir défilèrent devant mes yeux. Une douleur affolante perça mes tempes alors que le sang cessai de couler et que la plaie de l'homme se refermai… mais aussi et surtout lorsque Leino, affolé, ouvrit violement la porte que j'avais fermée. Trop tard, cependant, car la douleur étant devenue trop insupportable, je m'écroulai sur le sol…

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